• Shokuzai

    Au cinéma MK2 du Bassin de la Villette

    Superbe film que j'attendais depuis un moment.

     

    Basé sur un roman à succès du même titre, Shokuzai repose sur une intrigue pour le moins… intrigante. Dans un paisible village japonais, la jeune Emili, venue de Tokyo avec ses parents, ne tarde pas à se faire quatre amies de son âge qui envient sa jolie maison et sa maman élégante. Un jour que les fillettes jouent dans la cour de l’école désertée, un homme (dont le visage demeure hors champ) réclame l’aide de l’une d’entre elles et désigne Emili. 

    Après une trop longue attente, ses camarades se décident à la rejoindre et la trouvent morte. Sous le choc, aucune ne parvient à donner un signalement du meurtrier qui n’est pas arrêté. Six mois après le drame, Asako, la mère d’Emili, les prévient : « Je ne vous pardonnerai jamais. Trouvez-le ou donnez-moi une compensation. Sinon vous n’échapperez pas à la pénitence. »

    Quinze ans après le drame, que sont devenues les quatre amies d’Emili ? Kiyoshi Kurosawa adapte le roman de Minato Kanae en deux parties. La première est consacrée à deux d’entre elles, « Celles qui voulaient se souvenir », et la seconde, en salle la semaine du 3 juin, à « Celles qui voulaient oublier. » Chaque portrait de femme apparaît comme un volet autonome avec ses références au meurtre, la culpabilité qui n’a pas desserré son étau, la présence d’Asako qui rappelle la dette.

    DES PERSONNAGES, MAGNIFIQUEMENT INTERPRÉTÉ

    Sae a quitté sa petite ville natale pour Tokyo. Modeste esthéticienne, elle n’accepte pas de grandir et vit sans amis, craintive. Contactée pour un mariage arrangé avec un garçon de son village, elle le rencontre pour lui dire son refus. Elle découvre qu’il est lié à un incident survenu au même moment que la mort d’Emili : le vol d’une poupée française. Le prétendant, héritier d’une riche famille, lui promet de la protéger de tous si elle l’épouse et de ne pas la toucher. Sae s’engage alors dans une relation étrange et morbide dont elle accepte peu à peu tous les termes.

    Institutrice dans l’école où Emili a été assassinée, Maki provoque le courroux des parents d’élèves qui la jugent trop sévère. Le directeur de l’établissement les appuie, mais un enseignant prend sa défense avec conviction. Adepte d’arts martiaux, Maki, obsédée par la protection des enfants, se révèle particulièrement efficace lorsqu’un homme surgit armé d’un couteau pendant un cours de natation.

    Chaque portrait possède sa couleur musicale et visuelle, sa tonalité (oppressante pour Sae, souvent d’un absurde comique pour Maki). Mais l’esthétique demeure toujours épurée avec des teintes désaturées et une distance envers les personnages, magnifiquement interprétés, qui situe davantage le récit dans le mystère que dans l’émotion. Malgré le malaise qui flotte, le film tient le spectateur en haleine. À ne pas manquer, le deuxième volet livre les clés de l’intrigue.

     

     

    Corinne Renou-Nativel

     

     

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