• Felix Vallotton au Grand Palais

     

    Felix Vallotton au Grand Palais à partir du 2 Octobre jusqu'au 20 Janvier

    J'ai vu et beaucoup aimé. 

    Si vous aimez les peintures  du début XX ème si vous aimez les peintures à l'huiles figuratives les nus décalés à la mise en scène surprenante vous allez adorer.

    Felix Vallotton le feu sous la glace.

    Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste unique qui, bien que proche des nabis, garde sa vie durant un style à la fois très personnel et résolument moderne. Reconnaissables entre toutes, ses toiles se distinguent par des couleurs raffinées et un dessin précis découpant la forme qu’il met également au service de la gravure. 
    Cette exposition est organisée par le musée d’Orsay et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais en coorganisation avec le Van Gogh Museum, Amsterdam, le Mitsubishi Ichigokan Museum, Tokyo et Nikkei Inc.. Elle bénéficie du soutien exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France, des musées d’Art et d’Histoire de Genève et du musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. L’exposition est réalisée grâce au soutien de la Maison Bucherer et d’Eiffage Travaux Publics. Avec la participation de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture

    Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste unique qui, bien que proche des nabis, garde sa vie durant un style à la fois très personnel et résolument moderne. Reconnaissables entre toutes, ses toiles se distinguent par des couleurs raffinées et un dessin précis découpant la forme qu’il met également au service de la gravure. 
    Cette exposition est organisée par le musée d’Orsay et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais en coorganisation avec le Van Gogh Museum, Amsterdam, le Mitsubishi Ichigokan Museum, Tokyo et Nikkei Inc.. Elle bénéficie du soutien exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France, des musées d’Art et d’Histoire de Genève et du musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. L’exposition est réalisée grâce au soutien de la Maison Bucherer et d’Eiffage Travaux Publics. Avec la participation de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture

     

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    Félix Vallotton. Le feu sous la glace : la... par Rmn-Grand_Palais 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    EXPO ART

    Art. Le Grand Palais consacre une rétrospective au peintre d’origine suisse, qui œuvra, entre sarcasme et sensualité, à la croisée des XIXe et XXe siècles.

     

    «Le funèbre monsieur Vallotton» écrit Apollinaire. Et Jules Renard, qu’il a pourtant illustré : «Vallotton, d’une insignifiante tristesse de tapissier.» Funèbre ? Insignifiant ? Tapissier ? Prenons le tableau qui fait l’affiche de la rétrospective du Grand Palais. Il s’intitule la Loge de théâtre, mais aussi, ironiquement, le Monsieur et la Dame. Félix Vallotton l’a peint en 1909. Il a 43 ans. Comme pas mal d’œuvres du peintre suisse naturalisé français, celle-ci vient d’une collection particulière. Sa postérité vit largement, comme un secret, dans les meubles des villas helvètes - mélancolie sous coffre.

     

    Au Grand Palais, le tableau figure dans la section «Refoulement et mensonge». Vallotton est l’enlumineur laconique du sarcasme des sens. Il aime «les écoles sévères et de grand goût», Dürer, Holbein, Rembrandt, Ingres, Cézanne. C’est l’archer réservé, le tueur par suggestion : flèche, ligne et signe. Son geste est recadré ou décadré en vol, comme celui de Caillebotte, dans l’autre ciel photographique. Ami de Marcel Schwob et d’Octave Mirbeau, il a peu d’illusions sur le couple et la société : ennui, hypocrisie, violence froide et absence d’échange, extinction progressive de tous les sens dans le regard de l’autre. Son monde est un aquarium de velours sec et profond, plein d’amants, de bourgeois, de soubrettes, de femmes entre elles, de hauts-de-forme, de cannes à viol, de flics, de matraques, de prostituées, de canons, d’obus, de blitz. Le noir et le non-dit s’étalent, comme une flaque ou une tache de sang sur le trottoir, sous l’œil d’un passant indifférent.

     

     

     

    Dans la loge, une femme et un homme. Devant, la petite tête brune et absente de la femme, sous un grand chapeau noir coiffé d’un foulard clair, qui forme un halo mutin et sombre. Sa menotte gantée de blanc fleurit sur l’énorme rempart jaunâtre de la loge : il barre le tableau et le vide de toute liberté. Derrière, dans l’ombre qui avale le reste, la moitié supérieure de la tête de l’homme, bouche et menton coupés par le rempart. Pas de regard chez lui, pas de traits : un sphinx diminué et mauvais, gazeux à l’état dur, qui fait face. Journal de Vallotton, août 1919 : «Il me semble que je peins pour des gens équilibrés, mais non dénués toutefois - très à l’intérieur - d’un peu de vice inavoué. J’aime d’ailleurs cet état qui m’est aussi propre.»

    La femme regarde vers le bas, vers sa gauche, peut-être pensive. Qu’observe-t-elle ? Que voit-elle ? Amant, chapeau, regret ? En elle, hors d’elle ? On n’en sait rien. Tout est barré par l’énormité du rempart, cet aplat couleur pisse-froid. Dans le catalogue, l’écrivain Claude Arnaud trouve qu’il annonce la Cosa mentale des carrés de Rothko. On peut y voir aussi, en aval, le vide solitaire propre à certains tableaux de Hopper. En amont, moins de doute : la composition, les couleurs, les lignes, l’atmosphère, tout rappelle le Chien enterré de Goya, celui dont le pauvre museau survivant signe, au Prado, les peintures noires de l’Espagnol. «Le funèbre monsieur Vallotton» ? A son meilleur, oui : le funèbre simplifie et signifie. Il peint le moins, révèle le plus. Le contraire d’une tapisserie.

    Une autre toile venue de Lausanne, dans la même salle, bâtit la chambre sourde du sarcasme : la Chaste Suzanne (1922). Chaste ? Tu parles ! Une paire de demi-vieillards gras et chauves, costumes noirs et crânes luisants comme des flans, collent de dos à une jeune femme au regard lucide et froid, dérivant encore vers la gauche. Sous le chapeau vert à pois fins, son sinistre sourire indique, au minimum, qu’elle n’est pas effarouchée par le duo. Des banquiers, peut-être. On est encore au théâtre. Le rempart de la loge est rose sexe. Il ne barre pas les corps ; il les enferme. Et le désir qui flotte, méchant, contenu par la sobriété des formes, a un parfum d’étron dans l’écrin.

    Veuve. La famille est l’arme du crime. Voici la sienne : le Dîner de famille, Effet de lampe, 1899, qui a franchi la Seine, venant d’Orsay. Vallotton a vécu dix ans avec son modèle pauvre, Hélène. Il vient d’épouser une héritière. Gabrielle Bernheim est veuve, mère de trois enfants. Son mari était lié à Debussy. Elle possède la boîte à joujoux qui inspira l’œuvre homonyme du compositeur. L’ombre de Vallotton, de dos, est au premier plan ; c’est la nôtre projetée. Et c’est nous que regarde, de face, sa belle-fille à tête animale, prise dans les phrases du peintre, sous le chat noir du lampadaire. A sa droite, le beau-fils croque une pomme comme s’il baillait. Vallotton à son frère : «Cette famille est riche et me sera, j’y compte, d’un puissant secours dans ma carrière. Ce sont de grands marchands de tableaux.» La lettre fait l’inventaire des raisons d’épouser celle qui finira, naturellement, par le fatiguer.

    Le funèbre est aussi dans le portrait d’Emile Zola, puissant et frontal, qui recopie et glace une célèbre photo de l’écrivain. Vallotton, ici, ce n’est plus Goya, mais déjà presque Warhol : cercueil vitré et reproduit d’une étoile en piste. On retrouve enfin ce funèbre, à son meilleur, dans ce qui fit la gloire de l’artiste : ses xylographies. Les unes dessinent extraordinairement des scènes ordinaires de la rue parisienne ou d’intérieur. Les dix «Intimités» résument la guerre des sexes. La Charge et l’Assassinat (une exécution publique) fixent de manière saisissante la guerre sociale : sa science de l’espace et de la ligne permet à Vallotton de tremper les effets de la saloperie bourgeoise dans le nu et le noir : teinture de deuil efficace, sans pompe, sans larmes, sans messe.

    Effroi. Les autres xylographies sont celles de la guerre. Vallotton voulait s’engager. On le refusa. En 1917, le voilà peintre aux armées. Ce qu’il voit dans les tranchées travaille l’homme et le peintre. 1917 : «La Némésis dont les coups actuels terrifient le genre humain ne se peut contenter de ses peintres ordinaires, un nouveau modèle - qui est le plus ancien de tous - pose à leurs yeux, "La Fatalité". Ça ne se copie pas comme une pomme.» Le Funèbre a rejoint son funèbre dans une stylisation extrême. La géométrie rejoint l’effroi. Elle clôt l’exposition.

    Il y a bien d’autres choses à voir, par exemple les paysages. Vallotton peint les plages comme les cuisses des femmes. Toute cette chair finit dans le Léman, même si c’est en Normandie : dans ces flaques immobiles de désenchantement ciselé. A une enquête du Mercure de France sur «les nouvelles tendances de l’art», il répond en 1905 : «La nature ? Les idées ? On fait ce qu’on peut. Il faut bien, étant donné que les plus grandes idées sont courtes, aller souvent à la campagne, regarder l’eau couler sous les ponts et coucher de belles femmes sur son canapé.» Parfois, il les réduit à l’état de petites taches, avec leur linge, sur le galet gris d’Etretat. Tout au fond, apparaît un petit homme noir et solitaire, à peine une virgule : c’est le peintre qui les regarde ou les imagine, réduit à l’état de miette, avec une infinie délicatesse, par son propre tableau. Ce qui unit tout, c’est la ligne. Elle définit, caresse, blesse et ferme. Dans la Vie meurtrière (Phébus/Libretto), roman posthume de l’artiste, le narrateur est un peintre qui se bat pour «la sensualité exprimée par le trait» : «Le fléchissement d’une hanche ou d’un sein» est «aussi suggestif en son strict contour que les nuances, fussent-elles infinies, de la peau !» Vallotton, bon coloriste, est l’artiste du «strict contour».

    La seconde partie de l’exposition, à l’exception d’une lourde paire de fesses et des scènes de guerre qui la ferment, peut être parcourue assez vite. Il y a des dragons, un alligator grivois, des femmes nues aux yeux de bêtes dans la nuit, des jeux d’Olympia, des mythologies, des «japoniaiseries» et du lesbianisme d’antichambre : cette fois, Vallotton fait tapisserie. Un excès d’ingrisme et de fantaisie décorative le conduit à débrider son imagination : en suppurant, elle produit des croûtes.

    Dans le premier article qu’il lui consacre, Apollinaire relatait ironiquement une anecdote : «Monsieur Vallotton, et nous le regrettons, n’a pas exposé le portrait d’une Suissesse, grande dame protestante qui voulut absolument enlever son râtelier pour poser : "Il ne serait pas honnête de représenter mes dents. En réalité, je n’en ai pas. Celles qui garnissent ma bouche sont fausses et je pense qu’un peintre ne doit représenter que ce qui est vrai."» Voyez ses portraits : partout, le dentier règne. Déposé ou pas, il mord les êtres en dessinant les lignes. Goya fait antichambre au vestibule fin de siècle.

    Vallotton meurt le 29 décembre 1925, d’un cancer, trois jours après une opération. Il a 60 ans. Un peu plus tôt il écrivait : «Il me semble qu’il n’y a que quelques semaines qu’on m’appelait "le petit Vallotton".» Et il souligne : «La vie est une fumée, on se débat, on s’illusionne, on s’accroche à des fantômes qui cèdent sous la main, et sa mort est là.»

    Philippe LANÇON

     

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